Le Directeur de Publication du Messager explique les raisons qui ont conduit à la décision d’augmenter le prix.
N’y a-t-il pas à craindre que l’augmentation du prix des journaux se révèle suicidaire pour la presse dans un contexte où la vente des journaux est faible et le pouvoir d’achat de la population très bas ?
Puis Njawe : lorsque l’idée d’augmenter le prix des journaux, pour faire face aux charges devenues insupportables, a germé dans les esprits, je me suis inscrit en faux contre cette démarche, parce que je partageais les même appréhensions que vous. Le pouvoir d’achat des camerounais leur permet à peine d’acheter leur pain quotidien, à plus forte raison un journal, qui apparaît comme un objet de luxe dans notre société. Je suis resté campé sur cette position pendant très longtemps. C’est sans doute pour cette raison que l’augmentation n’a pas été décidée plus tôt. Cela aurait pu se faire depuis le début de cette année. J’ai dit que le Messager n’augmentera pas les prix, tant que la situation demeure la même. Il y a eu une évolution avec la revalorisation des salaires des fonctionnaires en avril. Je me suis dit pourquoi pas aujourd’hui ? On peut se le permettre.
Doit-on entendre par là que l’augmentation des prix des journaux ne se justifiait pas à un certain moment ?
Puis Njawe : pas du tout. Les charges de production sont telles que même en vendant les journaux à 300 Fcfa, on ne s’en sort pas. Le coût de production d’un journal comme Le Messager est de 370 Fcfa. Nous le revendons à 300 Fcfa. En espérant pouvoir combler le gap avec des recettes publicitaires qui elles aussi ont considérablement diminué du fait de la crise économique et de la pression fiscale qui est exercée sur les entreprises. Les budgets publicitaires des entreprises ont été revus considérablement à la baisse. Le peu qui reste est donné prioritairement aux médias audiovisuels que sont la télévision et la radio. La presse écrite est le parent pauvre. Personne n’a intérêt aujourd’hui à ce que la presse disparaisse, parce qu’elle ne peut pas faire face à ses charges quotidiennes.
L’augmentation du prix peut-elle, à elle seule, résoudre les problèmes de la presse ?
Non. Il me semble que les journaux vont perdre une bonne partie de leur lectorat à cause de cette augmentation. Mais je reste convaincu que les choses vont s’améliorer progressivement, quand les gens vont comprendre qu’ils ne peuvent pas se passer des journaux. C’est un pas qu’il faut malheureusement franchir pour faire face aux problèmes actuels et assurer la survie de la presse.
L’autre solution n’aurait-elle pas consisté à baisser les marges du distributeur et des diffuseurs ?
Puis Njawe : je ne pense pas. On signale que Macacos qui imprime la plupart des journaux va revoir à la hausse ses prix d’impression. D’autre part, Messapresse envisage d’augmenter sa marge sur les prix des ventes des journaux. Qui va payer la note ? C’est le consommateur. Tout cela n’augure pas des lendemains qui chantent. C’est pourquoi je pense que nous devons continuer la réflexion sur comment faire pour trouver d’autres sources de financement pour la presse qui est dans un contexte général essentiellement déficitaire.
Qu’elles sont les sources de financement qui mériteraient d’être explorées au Cameroun ?
Puis Njawe : c’est là qu’il faut regretter au Cameroun, le fait que le gouvernement n’encourage pas ce que nous avons appelé à l’association mondiale des journaux, la convergences, qui consisterait à encourager au sein des entreprises de presse, diverses initiatives qui embrassent tous les domaines de la communication sociale pour que les secteurs qui marchent à savoir la radio et le télévision puissent financer la presse écrite.
Ça suppose un toilettage de la loi sur la liberté de la communication sociale au Cameroun. Cette loi est archaïque. On ne peut pas embrigader les entreprises de presse de cette manière là. Ça va faire l’objet de notre prochain combat au sein de l’association mondiale des journaux.
Qu’en est-il de la convention de florence qui consacre la défiscalisation des intrants dans la production des journaux, dont l’application tarde à être effective au Cameroun ?
Pius Njawe: Il faut que l’Etat finissent quand même par respecter cette convention. Depuis près de 20 ans nous nous battons dans ce sens. Quand Justin Ndioro était ministre de des finances, j’avais conduis une délégation d’éditeurs qui est allée le voir pour que cette convention soient respectée. Il avait engagé une démarche qui a fait long feu. Le principal fournisseur de papier à l’époque, avait trouvé le moyen de réajuster son prix dès la semaine d’après pour éviter que les retombées du respect de cette convention ne profitent aux entreprises de presse. L’Etat a une obligation régalienne dans la survie des médias. Si on ne reconnaît pas aux médias un rôle d’utilité publique, il faut que l’Etat se décarcasse et donne de l’argent sous forme de subvention aux entreprises de presse, pour faire face à leurs difficultés et assumer leur rôle de service public. C’est une obligation. Ce n’est pas une faveur. Vous me direz qu’il y a une aide publique à la presse.
Que vous boudez…
Puis Njawe : que je boude effectivement parce que ce n’est pas ce que nous attendons du gouvernement. Nous n’attendons pas qu’on nous gratifie de quelques subsides comme si nous étions des mendiants. Non je refuse cela. L’aide publique à la presse telle qu’elle est conçue au Cameroun aujourd’hui ressemble d’avantage à la distraction des fonds publics au profit de quelques copains et non à une véritable aide aux entreprises de presse. Ça s’apparente à un fourre-tout, où on retrouve tout le monde, aussi bien les entreprises de presse que les imprimeries commerciales, les agences de communications et les régies publicitaires et autre. La presse est et demeure la presse. Je comprends qu’à l’époque un ministre ait voulu faire profiter ses entreprises écrans. Mais nous ne pouvons pas cautionner cette forme de détournement de deniers publics.
Par Jacques Bessala Manga













