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Archive de la catégorie ‘Hommage à Sembène Ousmane’

l’Afrique reconnaissante à un géant du cinéma

Jeudi 14 juin 2007

Le géant du cinéma africain, Sembène Ousmane a été inhumé le lundi 11 juin à Yoff. Il laisse derrière lui des témoignages unanimes sur la haute portée de son oeuvre littéraire et cinématographique.

Le disparu restera gravé dans l’esprit des hommes de culture dont certains ont fait la profession de foi de continuer son combat . La nation lui rendra un hommage mérité au cours d’une cérémonie solennelle.

 Plusieurs personnes sont venues rendre un dernier hommage à Ousmane Sembène. La cour de la morgue de l’hôpital principal était noire de monde hier , lors de la levée du corps de l’illustre disparu. L’émotion est le sentiment le plus partagé à cette cérémonie mortuaire . L’hommage est à l’aune du travail du disparu pour le rayonnement du cinéma africain et la culture noire. La tristesse et l’émotion se lisaient sur tous les visages. 

Comme, il est de coutume dans pareilles cérémonies, ceux qui l’ont connu et fréquenté ont livré des témoignages :  » maître, vous êtes de tous les combats. Vous êtes parti, mais vous serez toujours parmi nous « , a laissé entendre, Ngaïdo Bâ, la voix étranglée par l’émotion. Ngaïdo, dans un ton solennel, a convié les autorités compétentes à aider l’association des cinéastes et le monde de la culture à parachever le dernier film en projet de l’illustre disparu portant sur l’épopée de Samory Touré. 

 » Nous invitons tous les intellectuels du Mandé, les autorités, pour que le dernier film de Sembène Ousmane portant sur Samory Touré soit porté à l’ecran.C ‘est la meilleure façon de lui rendre hommage « , s’exprime le représentant des cinéastes du Sénégal. 

La littérature africaine lui doit beaucoup. Ses écrits sont un réquisitoire contre l’empire colonial, et toutes les formes d’injustice, d’asservissement des temps modernes.  » Ousmane Sembène est tombé l’arme à la main. La littérature de Ousmane Sembène est prodigieuse et n’a laissé aucun segment de notre société. Ses écrits ont toujours provoqué l’événement et suscité l’espoir « , a dit le président de l’Association des écrivains du Sénégal ( Aes), Alioune Badara Bèye. 

Le disparu, comme l’ont rappelé plusieurs personnes ayant pris la parole, comme le ministre de la culture du Mali, Cheikh Oumar Cissoko, a été de tous les combats, comme celui du lancement du fespaco de Ouagadougou et l’impulsion d’une dimension internationale à ce rendez-vous du cinéma. 

 » C’est ce que Dieu a décidé. Tu es parti,mais tu resteras toujours parmi nous. Vous avez contribué au rayonnement du fespaco. Vous étiez de tous les combats. Repose en paix. Le combat continue « , a lancé le secrétaire général du fespaco, le burkinabé, Boubou Hamma. 

D’ailleurs, une délégation du Burkina Fasso, dont le cinéaste Gaston Caboré était présente à la cérémonie . 

Prenant la parole, le premier Ministre Macky Sall est revenu sur l’engagement du cinéaste pour le respect de la dignité africaine et pour son indépendance. Le premier Ministre a fait savoir que le chef de l’Etat tient à ce qu’un hommage mérité soit rendu au précurseur du cinéma africain.  » Je suis venu représenter le chef de l’Etat qui dès l’annonce de la nouvelle n’a cessé d’être en contact avec moi, et toutes les autorités de la république pour que l’hommage de la nation soit rendu à cet africain hors pair « , a révélé le premier Ministre, . C’est d’ailleurs pour lui rendre tous les honneurs et les mérites, que les autorités de l’Etat ont pris la décision d’organiser une cérémonie officielle d’hommage. 

 » Le protecteur des arts et des lettres a depuis hier donné les instructions au gouvernement, de préparer en rapport avec le monde des arts, une cérémonie solennelle d’hommage à Ousmane Sembène. C’est le chef de l’Etat qui présidera cette cérémonie « , a annoncé le ministre de
la Culture et du Patrimoine Historique Classé, Mame Birame Diouf. 

En plus des ministres précités, la délégation gouvernementale était composée des ministres, Bacar Dia, Cheikh Tidiane Gadio, Oumy Khaïry Guèye Seck. Il y avait également le président du Conseil économique et social, Mbaye Jacques Diop, le président de l’Assemblée nationale, Pape Diop et plusieurs autres personnalités de l’Etat. 

 

Idrissa Sane, all africa.com

Hommage unanime de la presse britannique à Ousmane Sembene

Jeudi 14 juin 2007

 Les écrivains et cinéastes britanniques ont rendu hommage mercredi 13 juin 2007 au cinéaste sénégalais, Ousmane Sembène, qu’ils considèrent comme un grand artiste très au fait de la chose politique et des contradictions qui secouent son continent en perpétuelle mutation. 

Faisant remarquer au passage que cette défunte figure du cinéma africain a été le premier metteur en scène du continent à accéder à une stature internationale, les critiques ont indiqué que l’intrépide Ousmane Sembène n’a jamais accepté que les nombreuses épreuves qui ont jalonné sa prime jeunesse affectent sa pensée et sa détermination à réussir dans le cinéma et la littérature. 

Ils reviennent sur son expulsion de l’école coloniale pour avoir frappé un instituteur français et sur son départ de Ziguinchor (Sud du pays) pour Dakar où il rejoint sa famille paternelle. Il avait survécu à toutes les épreuves et mené, sous la supervision de ses deux grands-mères, une vie marquée par la lecture et les salles de cinéma qu’il visitait chaque soir. 

En 1944, il fut incorporé dans l’armée française pour servir en France et au Niger. Démobilisé, après
la Seconde Guerre mondiale, il revient à Dakar où règne un chômage endémique. 

Il s’embarque alors clandestinement sur un bateau et arrive à Marseille où il travaille comme docker pendant 10 ans, jusqu’en 1960, date de l’indépendance du Sénégal. 

De l’avis de ces commentateurs, les films de Sembène qui dépeignent la vie des Sénégalais ordinaires ont aidé à réduire le fossé qui existait entre les gens des campagnes, illettrés le plus souvent, et leurs concitoyens des villes. 

Il a par la suite obtenu une bourse pour faire des études à l’Institut cinématographique Gorky, en ex-Union Soviétique, sous la direction de Marc Donskoy. 

En 1964, il produit un film, ‘’Niaye’’, dans lequel il parle de l’hypocrisie des chefs traditionnels africains. 

Mais c’est son succès international ‘Mandabi’ (Le Mandat, 1966) tiré de son roman du même nom qui parle le plus de l’impact de l’Afrique post-coloniale sur la vie des citoyens ordinaires. 

Produit en deux versions – en Français et en Wolof, la langue la plus parlée au Sénégal – ce film a remporté le prix spécial du jury de Venise. 

Même si dans sa carrière cinématographique et littéraire, Sembène s’adressait surtout au public sénégalais, il disait toujours “l’Afrique est mon public ; l’Occident et le reste du monde restent des marchés”. 

Dans Ceddo (1976), Sembène met les traditions africaines face au Christianisme et à l’Islam qui tentent d’imposer leurs valeurs. Le gouvernement sénégalais avait interdit le film pendant quelques années sous le prétexte que “Ceddo” était mal orthographié, mais probablement parce qu’il parlait de la complicité des Africains dans la traite des esclaves. 

De tous ses films, ‘Camp de Thiaroye (1988) qui s’inspire d’un fait réel, a sans doute été sa pus grande œuvre. 

Les soldats sénégalais revenant de
la Deuxième Guerre Mondiale en Europe où ils avaient séjourné dans les geôles allemandes, ont été placés dans un camp militaire de passage en attendant leur démobilisation. Mais du fait des coupes sombres faites dans leurs indemnités de départ et de démobilisation, les soldats s’étaient révoltés. 

L’armée française, profitant de la nuit, avait réprimé la révolte dans un bain de sang, ne laissant que quelques survivants. 

S’agissant de son premier long métrage, ‘’
La Noire…’’ (1966) qui a été filmé en noir et blanc et portant sur l’isolement poignant d’une jeune servante noire travaillant à Antibes, en France, a été le premier long métrage africain produit et mis en scène par un Africain. 

Sembene dira : “Pour nous les cinéastes africains, il était à l’époque nécessaire de s’engager politiquement, de s’impliquer dans le lutte contre toutes les tares humaines qui ont pour nom cupidité, envie, individualisme, la mentalité de ‘nouveau-riche’, et toutes ces choses que nous ont léguées le colonisateur et ses systèmes ». 

Hommage à Sembène Ousmane

Jeudi 14 juin 2007

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Sembène Ousmane est décédé samedi 9 juin, à Dakar, à l’âge de 84 ans. Natif de Ziguinchor en Casamance au sud du Sénégal, Sembène Ousmane est considéré comme l’un des pionniers du cinéma africain.

Biographie: Ousmane Sembène est né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, une ville de la Casamance. À partir de 7 ans, il fréquente l’école coranique et l’école française, apprenant à la fois le français et l’arabe, alors que sa langue maternelle est le wolof.

En 1942, il est mobilisé par l’armée française et intègre les tirailleurs sénégalais.

En 1946, il embarque clandestinement pour la France et débarque à Marseille, où il vivra de différents petits travaux. Il sera notamment docker au port de Marseille. Il adhère à la CGT et au Parti communiste français. Il milite contre la guerre en Indochine et pour l’indépendance de l’Algérie.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir qui relate son expérience de docker. Il sera suivi en 1957 par Ô pays, mon beau peuple. En 1960, il publie un nouveau roman, les Bouts de bois de Dieu qui raconte l’histoire de la grève des cheminots en 1947-1948 du Dakar-Niger, la ligne de chemin de fer qui relie Dakar à Bamako. L’histoire se déroule parallèlement à Dakar, Thiès et Bamako sur fond de colonialisme et de lutte des cheminots pour accéder aux mêmes droits que les cheminots français.

En 1960, l’année de l’indépendance du Soudan français — qui devient le Mali — et du Sénégal, Ousmane Sembène rentre en Afrique. Il voyage à travers différents pays : le Mali, la Guinée, le Congo. Il commence à penser au cinéma, pour donner une autre image de l’Afrique, voulant montrer la réalité à travers les masques, les danses, les représentations.

En 1961, il entre dans une école de cinéma à Moscou. Il réalise dès 1962 son premier court-métrage Borom Saret (le bonhomme charrette), suivi en 1964 par Niaye.

En 1966 sort son premier long-métrage, qui est aussi le premier long métrage « négro-africain » du continent, intitulé La Noire de… (Prix Jean Vigo de la même année). D’emblée, Ousmane Sembène se place sur le terrain de la critique sociale et politique avec l’histoire d’une jeune sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France travailler chez un couple qui l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant jusqu’au suicide.

Considéré comme l’un de ses chef-d’œuvres et couronné par le Prix de la Critique Internationale au Festival de Venise, Le mandat (1968) est une comédie acerbe contre la nouvelle bourgeoisie sénégalaise, apparue avec l’indépendance.

En 1979, son film Ceddo est d’ailleurs interdit au Sénégal par le président Léopold Sédar Senghor qui justifiera officiellement cette censure par une « faute » d’orthographe : le terme ceddo ne s’écrirait (selon lui) qu’avec un seul « d » ! Évidemment, l’explication est fantaisiste, le pouvoir sénégalais ayant en fait à cœur de ne pas froisser les autorités religieuses, notamment musulmanes. Sembène relate la révolte à la fin du XVIIe siècle des Ceddos, peuple aux convictions animistes qui refuse de se convertir. Il attaque ainsi avec virulence les invasions conjointes du catholicisme et de l’islam en Afrique de l’Ouest, leur rôle dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de l’aristocratie locale.

En 1988, malgré le prix spécial du jury reçu au Festival de Venise, il est victime à nouveau de la censure, mais en France cette fois-ci, avec Le Camp de Thiaroye, film hommage aux tirailleurs sénégalais et surtout dénonciation d’un épisode accablant pour l’armée coloniale française en Afrique, qui se déroula à Thiaroye en 1944.

En 2000, avec Faat Kiné, il débute un triptyque sur « l’héroïsme au quotidien », dont les deux premiers volets sont consacrés à la condition de la femme africaine (le troisième, La Confrérie des Rats était en préparation). Le second, Mooladé (2003), aborde de front le thème très sensible de l’excision. Le film relate l’histoire de quatre fillettes qui fuient l’excision et trouvent refuge auprès d’une femme, Collé Ardo (jouée par la Malienne Fatoumata Coulibaly), qui leur offre l’hospitalité (le Mooladé) malgré les pressions du village et de son mari. Sembène a récolté à cette occasion une nouvelle kyrielle de récompenses en 2004 : prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, prix Un Certain Regard à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech entre autres.

Des récompenses qui viennent compléter une liste décidemment très longue, dans laquelle on remarquera notamment le prestigieux prix Harvard Film Archive décerné par l’Université Harvard de Boston en 2001. Sembène semble heureusement ne s’être jamais assoupi dans une autosatisfaction molle et confortable. L’infatigable revendique toujours un cinéma militant et va lui-même de village en village, parcourant l’Afrique, pour montrer ses films et transmettre son message.

Le 9 novembre 2006, quelques mois avant sa mort, il reçoit, à la résidence de l’ambassadeur de France à Dakar, les insignes d’officier dans l’ordre de la Légion d’honneur de la République française[1].

Malade depuis plusieurs mois, il meurt à l’âge de 84 ans à son domicile à Yoff le 9 juin 2007. Il est inhumé au cimetière musulman de Yoff.

Filmographie:

  • 1963 : Borom Sarret
  • 1963 : L’Empire songhay
  • 1964 : Niaye
  • 1966 : La Noire de…
  • 1968 : Le Mandat (Mandabi)
  • 1970 : Taaw
  • 1971 : Emitaï (Dieu du tonnerre)
  • 1974 : Xala
  • 1976 : Ceddo
  • 1987 : Le Camp de Thiaroye
  • 1992 : Guelwaar
  • 2000 : Faat Kiné
  • 2003 : Moolaadé

Bibliographie:

  • 1956 : Le Docker noir, Ed.: Présence Africaine, 2000,
  • 1957 : Ô pays, mon beau peuple
  • 1960 : Les Bouts de bois de Dieu
  • 1962 : Voltaïque
  • 1964 : L’Harmattan
  • 1965 : Le Mandat
  • 1973 : Xala
  • 1981 : Le Dernier de l’Empire
  • 1987 : Niiwam, suivi de Taaw (Éditions Présence africaine)
  • « Vehi-Ciosane, ou, Blanche-Genèse: Suivi du Mandat », Ed.: Societe Nouvelle Presence Africaine, 2000,

Sembène Ousmane, le site officiel